Le Mot du Président

L’association Edgar Faure vous présente son site internet où vous retrouverez la vie et l'oeuvre du Président Edgar Faure, les faits marquants et le fonctionnement de la politique Française.

Chaque année, l'association organise un Prix de Littérature Politique décerné par un jury prestigieux : Le Prix Edgar Faure.

Vous pouvez à tout moment devenir membre de l'Association Edgar Faure, et ainsi participer aux conférences, aux diners-débats, au prix, et retravailler le nouveau contrat social.

L'association est également composée d'avocats qui sont à disposition pour toute question juridique et/ou contentieux. N'hésitez pas à faire appel à eux pour toute médiation.

Il est temps de vous laisser découvrir, redécouvrir ou approfondir vos connaissances sur la personnalité et les idées du Président Edgar Faure.

Président de l'Association Edgar Faure

Rodolphe Oppenheimer

Edgar Faure,

La vie politique d’Edgar Faure commence avec sa participation au Comité français de libération nationale, il devient ensuite procureur adjoint au procès de Nuremberg.

Il détient des ministères économiques sous Pleven, Queuille, Laniel, Mendès-France, puis brièvement le portefeuille de la Justice et des Affaires étrangères. Edgar Faure est l’homme des fonctions délicates, à l’Agriculture en 1966 ou à l’Education nationale après mai 1968. Il devient président de l’Assemblée nationale de 1973 à 1978, sénateur et académicien à partir de 1980.

Cacique de la IVe République, Edgar Faure a siégé plus de six ans dans sept gouvernements et en a présidé deux sous Vincent Auriol et René Coty. Pilier également de la Ve République, ministre de l'Agriculture et de l'Éducation nationale auprès du général de Gaulle, ministre d'État de Georges Pompidou, président de l'Assemblée nationale de 1973 à 1978.

Candidat pendant quelques jours à la présidence de la République en 1974, il a marqué plus de quarante ans de la vie politique française. Son intelligence aiguë et toujours en éveil, servie par une immense culture et une mémoire sans faille, une éloquence remarquable et un talent d'exposition qui lui permettait de rendre simples les questions les plus complexes, un goût prononcé pour la dialectique caractérisaient ce magicien du verbe qui, doué du génie de la conciliation, semblait avoir une vocation naturelle à occuper le devant de la scène publique.

Homme politique, historien, juriste, académicien, Edgar Faure ne pouvait pas rester longtemps loin du pouvoir et des honneurs. Ainsi l'écrit-il dans le premier tome de ses mémoires « Avoir toujours raison et un grand tort » : « C'est un trait inné de mon caractère que le goût des honneurs, l'attachement aux titres. »

Pour lui, qui a souvent évoqué l'Annonciation de Botticelli comme une symbolique de l'attitude devant le pouvoir, « on ne doit pas être demandeur, quémandeur du pouvoir mais, inversement, on ne refuse pas cette responsabilité si elle s'annonce ». Le pouvoir, le service de l'État, tel devait être son destin : il ne le refusa pas.

Edgar Faure naît le 18 août 1908 à Béziers, d'un père médecin militaire et d'une mère issue d'une famille de médecins. Les diverses affectations de son père lui valent une scolarité mouvementée : classes enfantines à Verdun, collège à Narbonne. Sa mère s'installe à Paris en 1916, car sa sœur aînée Henriette a été reçue au conservatoire à treize ans ; il fréquente alors l'école La Bruyère, institution de jeunes filles qui accueille quelques garçons, ce qui lui vaudra d'être membre d'une association d'anciennes élèves.
Après le lycée d'Orléans, il poursuit ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris. Bachelier à quinze ans et demi, il obtient un accessit en histoire au concours général. Il s'ouvre au monde qui l'entoure, lit plusieurs quotidiens, est séduit par la pensée de Charles Maurras.

Inscrit à la faculté de droit et aux langues orientales où il étudie le russe, il se lie d'amitié avec Pierre Mendès France. Il crée avec quelques camarades le Club de l'université de Paris, précurseur du « nouveau contrat social », qui reçoit des étudiants de diverses sensibilités politiques pour étudier en commun les problèmes politiques et pour s'affronter en courtoises polémiques.
Il participe au lancement de revues épisodiques, dont certaines ne tireront qu'un seul numéro : « L'Ours en peluche », « Le Cancrelat ».

Avocat précoce, le voici habilité à prendre en charge les affaires des autres alors que, mineur, il n'a pas la capacité de régler les siennes. Inscrit à la conférence du stage, il devient deuxième secrétaire de la conférence à dix-neuf ans, battant le record de Raymond Poincaré qui avait été promu à cette dignité à vingt et un ans, mais au premier rang. Il choisit pour thème de son discours de rentrée : « Pascal : le procès des Provinciales. »

Il rencontre Lucie Meyer, nièce de Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque nationale, qu'il épouse en 1931 et qui partagera jusqu'à sa mort, en 1977, les charges et les épreuves de son mari, l'assistant de ses conseils, voire de ses critiques, tout en poursuivant des activités littéraires.

Au début de la guerre, Edgar Faure est affecté à la censure, à l'agence Havas. Il passe avec sa famille en Tunisie par le dernier paquebot à exercer une liaison régulière entre la métropole et l'Afrique du Nord, et gagne Alger où il devient l'adjoint de Louis Joxe qui assure les fonctions de secrétaire général du Comité français de libération nationale.

Rentré à Paris, il devient membre du cabinet de Pierre Mendès France, ministre de l'Économie, puis, après la démission de ce dernier, il occupe le poste de procureur général adjoint auprès de F. de Menthon, au tribunal international de Nuremberg, chargé de juger les grands criminels du IIIème Reich, Edgar Faure est chargé de l’accusation de Von Ribbentrop.

Battu en parallèle aux élections de 1945 à Paris, il envisage de se présenter sous l'étiquette M.R.P. dans le Puy-de-Dôme, mais finalement il se tourne vers le Parti radical et est élu en Franche-Comté lors de la troisième consultation électorale de 1946. Edgar Faure se révèle rapidement un ardent défenseur de la région : député du Jura jusqu'en 1958, maire de Port-Lesney en 1947, président du conseil général du Jura en 1949. Après la vague gaulliste de 1958, qui l'élimine, il entre sans difficulté au Sénat avant de revenir en 1967 à l'Assemblée nationale comme représentant du Doubs, dont il sera élu sénateur en 1980.

À l'Assemblée nationale, comme au Parti radical qui comporte de nombreux « ministrables », il acquiert rapidement une réputation de sérieux que son allure souriante et sa verve viennent tempérer. Il se révèle un habile stratège et devient l'un des meilleurs navigateurs des couloirs du Palais-Bourbon. Il accède, en 1949, au côté de Maurice Petsche, ministre des Finances, au rang de secrétaire d'État, avant d'être promu ministre du Budget en 1950.

Deux ans plus tard, il est président du Conseil, mais, pris dans l'opposition des modérés et des socialistes sur la politique économique, son gouvernement, qui compte quarante ministres, dure quarante jours, le président ayant posé vingt fois la question de confiance et perdu quatre kilos.
Ministre des Finances et des Affaires économiques dans les gouvernements Laniel et Mendès France, il procède à la relance de la relance en mettant en œuvre un plan de dix-huit mois qui doit permettre l'expansion dans la stabilité et qui contribuera à l'essor de l'économie française. Ses collaborateurs les plus proches sont Jacques Duhamel et Valéry Giscard d'Estaing.

Ministre des Affaires étrangères lors du remaniement du cabinet de Pierre Mendès France, il lui succède lorsque ce dernier est renversé par les partisans de la présence française en Afrique du Nord, qui l'accuse de brader l'empire.

Président du Conseil pour la deuxième fois, il est soutenu par le centre droit, mais son cabinet comprend quand-même de farouches adversaires de la décolonisation, Edgar Faure poursuit, par d'autres moyens, la politique entamée par son prédécesseur, faisant ratifier définitivement les accords sur la Tunisie et réglant l'affaire marocaine après le rétablissement du sultan et les accords de novembre 1955 entre Antoine Pinay et Ben Youssef, c’est d’ailleurs à ce propos qu'il lancera la fameuse formule de faire l'indépendance dans l'interdépendance.

Le goût de la conciliation, l'esprit d'ouverture qui lui permettent de s'appuyer sur des majorités à géométrie variable, - les majorités d'idées - n'étaient pas exclusifs de fermeté, comme il le montra dans l'affaire marocaine et plus précisément lors de la dissolution de l'Assemblée nationale, prononcée le 2 décembre 1955. Le recours à cette procédure, prévue par la Constitution, mais qui n'avait pas été utilisée depuis 1877, entraîne la victoire du Front républicain et lui vaut d'être exclu du Parti radical.

Battu aux élections qui suivent le retour du général de Gaulle, il entre au Sénat en 1959, mais se retrouve éloigné du pouvoir. Cet homme qui ne supporte pas l'inaction entreprend alors une nouvelle carrière. Il prépare le concours d'agrégation des facultés de droit, option histoire du droit, auquel il est reçu premier. Lui qui n'avait publié qu'une étude sur la politique française du pétrole, tirée de sa thèse de doctorat, et un roman policier, M. Langlois n'est pas toujours égal à lui-même, sous le pseudonyme d'Edgar Sanday, fait paraître une importante étude historique sur La Disgrâce de Turgot.

Le général de Gaulle lui confie une mission officielle en Chine où il est déjà allé en 1957, mission qui débouchera, en janvier 1964, sur l'établissement de relations diplomatiques avec la Chine populaire. Georges Pompidou, qui avait envisagé, en octobre 1962, de le faire entrer au gouvernement dans le cadre d'une politique d'ouverture, lui confie en 1966 le ministère de l'Agriculture, avec pour tâche de reconquérir un électorat sensible.

Après les événements de mai 1968, le général de Gaulle, qui veut donner de l'imagination au pouvoir, nomme Edgar Faure à l'Éducation nationale afin de promouvoir une réforme de l'Université trop longtemps différée. Tout au long de l'été, le ministre et ses conseillers élaborent un projet qui intègre certaines revendications des étudiants et qui met en avant les principes de participation, d'autonomie et de pluridisciplinarité.

Malgré les attaques des comités pour la défense de la République, la loi d'orientation de l'enseignement supérieur est adoptée à l'unanimité - unanimité qui exprime plus la résignation que l'enthousiasme, la majorité considérant la loi comme une concession nécessaire plutôt que comme une réforme utile. Rue de Grenelle, Edgar Faure a lancé d'innombrables réformes : tiers temps pédagogique, participations dans les lycées, suppression du latin en sixième...
Élu président de la République en 1969, Georges Pompidou le fait remplacer à l'Éducation nationale par Olivier Guichard, signifiant par là que la gestion succédait à la réforme. Éloigné du pouvoir sous le gouvernement Chaban-Delmas, Edgar Faure y revient en 1972, lors de la constitution du gouvernement Messmer, avec le titre de ministre d'État chargé des Affaires sociales, Georges Pompidou démontrant ainsi qu'il pouvait préférer l'ouverture à la rivalité.

Élu président de l'Assemblée nationale en 1973, contre Jacques Chaban-Delmas, avec l'accord de l'Élysée, il pourra mettre en évidence, au « perchoir », ses talents de conciliateur soucieux de rompre les clivages partisans. Si, durant toute sa carrière, il fut fidèle au « radicalisme fauriste », ses prises de position lui valurent d'être qualifié successivement de gaulliste, même si certains partisans du général lui reprochaient son manque d'« historicité », de giscardien ou de chiraquien, voire de barriste. Il aimait, pour justifier l'éclectisme de ses choix, rappeler que ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent qui change.

Collectionneur passionné de portefeuilles ministériels, élu à l'Académie française en 1979, Edgar Faure devait obtenir la dernière de ses nombreuses présidences en mars 1987, lorsque, après la disparition de Michel Baroin, François Mitterrand et Jacques Chirac le désignèrent à la tête de la mission de commémoration du bicentenaire de la Révolution française.

Il est mort quelques mois plus tard en 1988.